PUMA dans le rapport annuel de Kering au 31/12/2018, c’est du sport !

En 2018, la cession de la marque de sport & lifestyle PUMA par le Groupe Kering, est à la fois novatrice par sa nature et intéressante dans sa traduction comptable en normes comptables IFRS. C’est pourquoi par curiosité, nous chaussons nos baskets pour en découvrir les multiples impacts dans le rapport annuel de Kering au 31/12/2018.

A. Un versement de dividende atypique

Les faits : au lieu d’une distribution de dividendes versée en numéraire, l’Assemblée Générale de Kering décide de verser à ses actionnaires un dividende en nature sous forme d’actions PUMA, avec une parité de 12 actions PUMA pour une action Kering, soit un montant total de 4 514,5 millions d’euros (opération annoncée le 13 février 2018 et valorisée au cours de 429 euros).

Première originalité : il n’y a ainsi aucun mouvement de trésorerie à attendre dans les états financiers lié à la distribution de dividendes en actions PUMA.

Deuxième originalité : le versement du dividende en nature engendre une plus-value de cession, puisque concomitamment une déconsolidation intervient. Kering possédait 86,25 % d’actions PUMA avant l’opération. Le versement du dividende en actions PUMA le 16/05/2018 entraîne logiquement la déconsolidation de PUMA dans les comptes consolidés de Kering … et l’enregistrement d’une plus-value nette de cession.

Kering possédait 86,25 % d’actions PUMA avant l’opération, et en conserve 15,85 % après, lui donnant une influence notable dans la gouvernance. Pendant 4,5 mois Kering consolide donc PUMA selon la méthode de l’intégration globale (comme les années précédentes). Puis postérieurement au 16/05/2018 Kering applique la méthode de la mise en équivalence. C’est la troisième originalité qui en fait une opération complexe en normes comptables : la distribution de dividende entraîne un changement de méthode de consolidation.

Vous me suivez ? Alors enfilons nos baskets PUMA et on se lance dans le jeu de pistes des comptes consolidés de Kering au 31 décembre 2018 …

B. Impact en compte de résultat : plus-value et application de IFRS 5 « Activités abandonnées »

Au compte de résultat en 2018, la contribution de PUMA se retrouve à deux niveaux, avec pour pivot la date de distribution du dividende en nature.

  1. Avant le 16/05/2018, le résultat de PUMA dégagé au titre de ses 4,5 mois d’activité avant cession est isolé sur la ligne « Résultat net des activités abandonnées », en application de la norme comptable IFRS5 « Activités abandonnées »(54 millions de résultat avant impôt).
  2. Après le 16/05/2018, la quote-part de résultat de PUMA pour 7,5 mois d’activité est présentée sur la ligne « Quote-part de résultat des sociétés mises en équivalence » (montant négligeable).
  3. Quant à la plus-value nette de cession, conformément à IFRS 5, elle est incluse dans le « Résultat net des activités abandonnées » et en constitue le principal montant (1179,2 millions d’euros détaillé en note 4.1 ci-dessous)

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Nota bene : le calcul de la plus-value de cession de 1179,2 millions d’euros mentionnée dans la note 4.1 n’est pas détaillé. Il faut savoir que la norme de consolidation IFRS10 impose un traitement comptable favorable au groupe, mais peu intuitif. En effet, en cas de déconsolidation avec maintien d’une quote-part d’intérêt après la perte de contrôle, la plus-value de consolidation est calculée sur la totalité des intérêts déconsolidés y compris la quote-part ultérieurement conservée.

Pour Kering, ce traitement implique que la plus-value nette de cession (« résultat net des activités abandonnées » pour 1179,2 millions d’euros dans la note 4.1) est calculée sur la déconsolidation des 86,25% détenus dans PUMA, même si 15,85 % de ces actions PUMA sont conservés et postérieurement consolidés par mise en équivalence. Cela revient à réévaluer la quote-part de PUMA antérieurement détenue à valeur de marché au moment du versement de dividendes, et à inclure ce montant de réévaluation dans la plus-value totale de 1179,2 millions d’euros. C’est de la magie comptable.

On note ainsi dans la Note 20 sur les titres mis en équivalence que les 15,85% sont encore proches de leur valeur de marché au 31/12/2018.

On continue notre jeu de pistes PUMA ? Ce n’est pas fini. Resserrons nos lacets et filons dans les comptes de bilan et le tableau des flux de trésorerie …

C. Impact au bilan : dividendes PUMA en variation des capitaux propres

En ce qui concerne le dividende PUMA versé en nature, on en retrouve logiquement l’impact dans la variation des capitaux propres, en diminution des réserves consolidées, pour un montant de 4 514,5 millions d’euros correspondant à la quote-part d’actions PUMA apportée en nature aux actionnaires du groupe (70,4%). Ce dividende versé en nature est bien isolé des autres dividendes versés en numéraire, et il apparaît dans l’état Note 3.5 Variation des Capitaux propres consolidés sur la ligne « dividendes en nature distribués (actions PUMA) » :

La déconsolidation en cours d’année de tous les actifs et passifs de PUMA (et d’autres sorties de périmètre) oblige par ailleurs à isoler le mouvement de sortie dans toutes les notes annexes de bilan. Kering a intitulé ce mouvement « actifs détenus en vue de la vente » (au moment du reclassement, ce qui pourrait prêter à confusion, car la déconsolidation de PUMA est effective au 31 décembre).

On lit par exemple un montant total de 3 870 millions d’euros dans l’annexe de variation des Immobilisations incorporelles, où l’impact de la déconsolidation de PUMA, parmi d’autres actifs, est très sensible :

D. Impact au tableau des flux de trésorerie : les dividendes PUMA sont « invisibles »

Dans l’état des flux de trésorerie, si vous cherchiez le versement du dividende PUMA dans les activités de financement où Kering classe habituellement les dividendes versés, vous seriez « à la peine » !  En effet, fort logiquement, le dividende PUMA ne constitue pas un mouvement de trésorerie puisqu’il est versé en nature . Il n’apparaît donc pas comme un flux « cash » et est absent de l’état des flux de trésorerie.

En revanche, comme au compte de résultat, la norme IFRS 5 oblige à isoler sur une seule ligne les mouvements de trésorerie de PUMA au cours de ses 4,5 mois d’activité avant cession. Le montant total des flux s’élève à 379,1 millions d’euros et se trouve sur la ligne « Flux nets liés aux activités abandonnées », détaillé plus loin dans la Note 4.2 « Impact sur l’état des flux de trésorerie consolidée » :

Conclusion

L’équipe financière ayant préparé le rapport annuel KERING 2018 a certainement profité de ses baskets PUMA pour courir au sein des documents de synthèse et des annexes consolidées. Coupler un versement de dividendes en nature, une déconsolidation et une conservation d’une partie des titres antérieurement détenue, avec application de deux normes complexes que sont IFRS 5 et de IFRS10 et impact sur l’année comparative n-1, constituait sans doute un vrai marathon… et certainement un cas d’école.

Fondateur du cabinet ATLIANCE , expert technique et formateur en consolidation et normes IFRS, créateur du blog Expert-consolidation François a accompagné des groupes de toutes tailles pour faciliter la mise en place de leur outil de consolidation et de reporting pendant plus de 20 ans au sein de ATLIANCE, puis TUILLET et GRANT THORNTON : diagnostic des besoins, rédaction de cahier des charges et assistance à maîtrise d’ouvrage. Il veille à l’actualité des normes comptables et internationales.

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