Les investisseurs critiquent l’information sectorielle publiée par les sociétés cotées (IFRS 8)

Etude fort intéressante publiée la semaine dernière par PWC (1) sur les attentes des investisseurs européens en matière de normes comptables IFRS, de contenu du rapport annuel et de la communication financière des entreprises cotées. Il est toujours utile de favoriser les retours d’expérience des utilisateurs des états financiers sur l’évolution des normes comptables. N’oublions pas que la référence « aux investisseurs » est une constante dans le monde de la normalisation IFRS.

De mon point de vue de « producteur d’information consolidée » (cf nos missions d’assistance à l’élaboration des rapports annuels et à la communication financière de nos clients ), le sujet qui m’a frappé en premier lieu dans cette enquête concerne l’information sectorielle. Beaucoup d’efforts peu récompensés ?

A. Que révèle l’étude (parmi de nombreux autres thèmes)

– 62% du panel d’investisseurs interrogés considère que des améliorations sensibles devraient être apportées aux normes IFRS, par exemple la définition des éléments du résultat global (OCI recyclable ou non), les notes annexes sur les retraites (opacité), les impôts différés (complexité). Mais le principal sujet qui ressort est la norme IFRS 8 « Secteur opérationnel ».

– 66% considère ainsi que l’information sectorielle publiée par les groupes cotés ne convient pas à leurs besoins (50% en France, 80% au UK !).

B. Que reproche-t-on à la note sur les segments selon IFRS 8 « Secteurs opérationnels »?

– La difficulté à réconcilier les informations non GAAP admises dans cette note et le reste des comptes élaboré selon les IFRS,
–  L’opacité sur la façon d’agréger les segments et la part trop importante laissée au segment « corporate »,
– L’insuffisance des informations détaillées par segments, en particulier les postes de bilan opérationnels comme le BFR et les capitaux engagés, mais aussi et surtout les cash flows.

Le tableau ci-dessous indique les agrégats additionnels que souhaiteraient pouvoir analyser les investisseurs (en % des personnes interrogées) :

 Source : étude PWC « Financial Reporting Priorities » (p 20, Figure 12)

C. Est-ce une remise en cause de IFRS 8 ?

Rappelons les grandes caractéristiques de la norme IFRS 8 « Secteurs opérationnels » (2)  :

  • L’information sectorielle doit se caler sur le système de pilotage interne de l’entreprise, tel qu’examiné par les décideurs,
  • Les secteurs sont déterminés sur la base du reporting interne de l’entreprise,
  • Une information minimale est exigée (résultat, actifs sectoriels), à détailler plus amplement au choix de l’entreprise, à condition d’être clairement définie et d’être homogène avec le reporting interne,
  • Les méthodes comptables ne sont pas nécessairement IFRS, mais correspondent plutôt à celles adoptées par le reporting interne (avec réconciliation obligatoire pour recouper avec les états financiers IFRS publiés).

Conséquence : IFRS 8, comme son équivalent aux USA SFAS 131, laisse une grande souplesse aux entreprises.

Du point de vue des entreprises, il me semble que l’orientation prise par l’IASB en élaborant la norme a été appréciée, et permet de mettre en ligne la communication qui est faite à l’extérieur avec le système de pilotage interne. Néanmoins, il est évident que de nombreuses organisations ne souhaitent pas trop en dire dans cette note qui « désagrège » le groupe et donne des informations stratégiques par activités.

Du point de vue des investisseurs, le jugement est différent. La note sur les secteurs opérationnels reposant essentiellement sur une segmentation propre à chaque organisation, les comparaisons d’une entreprise à l’autre sont quasi impossibles. Et les informations segmentées sont trop limitées. En grande majorité, les investisseurs interrogés souhaitent donc que l’IASB inscrive dans ses priorités l’examen critique des premières années d’application (IFRS 8 avait remplacé IAS 14, première application en 2009, uniquement pour les sociétés cotées).

C’est un sujet qui reste polémique !

D. Point de vue purement technique : les outils de consolidation

Pour notre part, en tant que consultants, nous soulignons que tout passe par les systèmes d’information pour répondre aux exigences normatives.

L’allocation du compte de résultat, du bilan, des cash flows par activités/géographie ne s’effectue aisément dans les outils de consolidation que sur la base de paramétrages et de restitutions contributives bien conçus, en particulier au niveau des flux de cash du bilan et des éliminations intragroupes par activités.

Tous les outils de la place ne permettent pas nécessairement d’organiser la segmentation souhaitée. Le double jeu éventuel des principes comptables (non Gaap et IFRS) ne facilite pas les choses. Par exemple : prochainement, l’intégration proportionnelle devra disparaître des comptes IFRS, mais pourra être maintenue dans la note sur les segments. Pas d’improvisation autorisée à ce niveau !

Comme d’habitude, en consolidation, beaucoup d’anticipation et d’expertise sont nécessaires … Faites appel aux spécialistes.

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Sources : 

(1) Etude PWC, menée en partenariat avec le collège Investisseurs de Paris EUROPLACE, auprès de trente investisseurs au Royaume-Uni, en France, en Allemagne, en Espagne, aux Pays-Bas et en Italie.

Disponible sur le site PWC : Financial reporting priorities

=> Voir également l’article des Echos du 02/10/12 « Normes comptables : les investisseurs veulent une pause (…) Ils aspirent à une période de calme dans l’évolution des normes ».
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(2) La norme IFRS 8 est disponible dans la base documentaire sur le site ATLIANCE

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