Google : une erreur rare de Press Release, mais aussi l’illustration du double langage financier Gaap et Non Gaap

L’accident de publication du communiqué de presse de Google (jeudi 18/10, présentation des résultats Q3 2012) est un évènement assez rarissime. J’en parle ici à titre d’information, avec deux commentaires qui n’ont rien à voir entre eux :

1. La communication financière des groupes cotés reste un art risqué

Rappelons les faits : selon la presse US, ce serait une erreur humaine chez l’imprimeur, en charge du filing du communiqué de presse auprès de la SEC, qui a causé la publication avant l’heure dudit communiqué, dans lequel manquait tout simplement les commentaires du CEO. Le document commence par  « pending larry quote » ( Ndlr : en attente du commentaire de Larry Page, PDG de Google).

 

Dans un contexte où les résultats de Google sont décevants, cette erreur a créé la panique sur le titre, dont la cotation a été suspendue. En quelques minutes, environ 20 milliards de dollars de valorisation boursière de Google se sont évaporés. Le titre de l’imprimeur a lui-même dévissé…

Bref, un très mauvais week-end en perspective pour les chargés de relation financière chez Google et pour le ou les « fautifs » chez RR Donnelley, l’imprimeur… => Suivre la remontée du cours de bourse de Google…

2. Le double langage des résultats Gaap et Non Gaap dans les communiqués de presse

Alors même que je publiais la semaine dernière un billet sur la grogne des analystes financiers, reprochant aux entreprises et à l’IASB de ne pas suffisamment réguler le « Résultat opérationnel », le communiqué de presse de Google montre l’exemple d’une autre difficulté de comparaison des comptes des entreprises. Il s’agit de la pratique désormais très courante de publication d’indicateurs « Gaap » et « Non Gaap ».

C’est ce que je qualifie de « double langage » de communication financière :

– Le Gaap (Generally Accepted Accounting Principles) : ce sont les résultats conformes aux principes comptables applicables à l’émetteur (US GAAP pour un document auprès de la SEC ; IFRS pour un émetteur en Europe …) ;
Le Non Gaap : ce sont les résultats revus et corrigés par l’émetteur lui-même, selon sa propre analyse. En français, la qualification devient : résultats « corrigés », « pro forma », « ajustés » etc.

Ce double langage, qui prouve une fois de plus que la comptabilité est l’art des conventions, rendra perplexe plus d’un lecteur de bon sens. Il n’est autorisé que si les indicateurs Non Gaap sont réconciliés avec les indicateurs Gaap, pour permettre, dit vulgairement, de « raccrocher les wagons ». Conséquence : le « non gaap » prend le pas sur le « Gaap ».

Allez donc lire le communiqué de Google, c’est édifiant : Press Release.

– Dans la présentation commentée des résultats (Financial Summary) : un tiers du communiqué de presse est consacré à expliquer de manière technique comment sont retraités les indicateurs Non Gaap (il est vrai qu’il manque le texte introductif du CEO, cqfd). 2 pages laborieuses sur 6 pages au total…

– dans la partie des Documents comptables, c’est pire : plus de la moitié du communiqué affiche les tableaux de réconciliation entre comptes Gaap et Non Gaap (5 pages sur 8)…

Au total, la moitié du communiqué de presse est consacré à des définitions et des réconciliations techniques Gaap / Non Gaap (7 pages sur 14).

Ma remarque ne porte bien évidemment pas sur Google, et ne constitue en aucun cas un jugement sur les chiffres de Q3. Mais il faut bien reconnaître que la complexité de ce type de communiqués nuit à leur lisibilité. Sans compter que l’émetteur n’est jamais neutre dans ses choix d’analyse, par définition.

3. La conclusion sera dans la bouche des analystes, selon l’étude de PWC (1)

Page 18, à la question : « Are you concerned with the widespread use of non-GAAP measures ? », plus de la moitié (57%) des investisseurs considère que la publication d’indicateurs « retraités » (« non Gaap ») est une bonne pratique (dont 32 % tout à fait d’accord). Bien, dont acte.

Mais à mon sens, double langage et clarté ne font pas toujours bon ménage … Il faudra encore pour longtemps des talents de communication dans les services financiers, et de bonnes lunettes pour les lecteurs !

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(1)  Disponible sur le site PWC, l’étude  : Financial reporting priorities

  • Pascal Thoniel

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    22 octobre 2012

    Merci pour cette analyse lumineuse.

    Que doit-on penser des « hors-bilan » ?

  • de mori

    Leave reply
    24 octobre 2012

    Dans la même veine, j’ai beaucoup aimé le dernier communiqué de presse de Morgan Stanley
    « La banque d’affaires américaine Morgan Stanley a vu, jeudi 18 octobre, son bénéfice chuter au troisième trimestre en raison d’une charge comptable ; mais en excluant les éléments exceptionnels, elle a toutefois fait mieux qu’attendu »… En résumé, si les comptables ne passaient pas des charges, on fait mieux que prévu … Bref, si Morgan sort une perte c’est la faute des comptables (en 2011, la communication insistait moins sur le fait que les bénéfices c’était aussi grâce aux comptables !)

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